«C’est 23 heures à votre domicile» : dans les rues de Paris, avec la police qui fait respecter le couvre-feu
Est-ce la météo estivale ? A pied, à vélo, à trottinette, au volant de leur voiture aussi, c’est fou le nombre de noctambules qui déambulent dans Paris sur les coups de 23h30 ou minuit, bravant ostensiblement le couvre-feu de 23 heures ! Comme il n’est plus temps de faire de la pédagogie, la police verbalise les contrevenants qui écopent d’une amende de 135 €. Ce jeudi soir, une dizaine de policiers, emmenés par le commissaire Jean-Sébastien Rosadoni, ont patrouillé sur l’île de la Cité (Ier).
Pourtant noire de monde à 22h45, la place Dauphine se retrouve étrangement déserte et calme à 23 heures. Les restaurateurs ont prestement rangé les terrasses et les clients se sont envolés comme une nuée de moineaux. Quai des Orfèvres, sur les berges de Seine en revanche, les jeunes, garçons et filles, sont encore nombreux assis sur les pavés à boire du vin ou de la bière dans une ambiance bon enfant, sans se soucier de l’heure.
VIDÉO. Danse sur les quais et terrasses bondées jusqu’à 23h, Paris savoure enfin une «vraie soirée»
Voyant arriver la maréchaussée, ils déguerpissent mais certains, pas assez lestes, se font attraper… A l’instar de cette consultante de 26 ans qui s’en tire avec une amende de 135 €. « Je reconnais l’infraction, je ne conteste pas, c’est normal. Ça fait plusieurs fois que j’enfreins le couvre-feu mais c’est la première fois que j’ai un PV », admet cette Parisienne du IXe. Bouteille de bière à la main, Gaëtan, ingénieur de 26 ans verbalisé lui aussi, ne dit pas autre chose : « Je n’ai pas fait l’effort de regarder l’heure, j’assume mes actes ».
« Je ne suis pas un délinquant ! »
Même pris sur le fait à 23h30, d’autres crient à l’injustice de ces contrôles aléatoires. Ainsi Sheherazade, 26 ans, s’indigne en montrant du doigt des gens sur le quai d’en face : « C’est injuste parce qu’eux là-bas, vous ne les verbalisez pas. C’est rageant ! En plus, nous étions sur le chemin du retour, nous allions prendre le métro ». Inflexible, Jean-Sébastien Rosadoni le répétera plusieurs fois dans la soirée : « Le couvre-feu, c’est 23 heures à votre domicile ».
A 23h45, à l’angle du pont Saint-Michel et du quai du marché neuf, la situation est plus tendue face à quatre ou cinq hommes un peu éméchés qui refusent de présenter leurs papiers d’identité. Comprenant qu’ils risquent d’être emmenés au poste pour vérification, ils finissent par obtempérer. Au plus récalcitrant qui s’exclame : « Je ne suis pas un délinquant ! », le commissaire Rosadoni répond : « Vous êtes un contrevenant ». Très en verve, le trentenaire réplique : « Mais vous n’avez jamais été jeune ? » Le commissaire aura le dernier mot : « J’ai 28 ans ! » A court d’argument, « le contrevenant » finira par présenter sa pièce d’identité sur son téléphone portable.