«Avant, je n’avais jamais fait de tort à personne» : huit ans de prison pour l’auteur des coups de couteau mortels à la gare de Juvisy
« Celui qui donne la mort doit en porter les conséquences », assène l’avocate des parties civiles ce vendredi devant la cour d’assises de l’Essonne à Evry-Courcouronnes. Pour l’avocat général, si ce dossier présente des « zones d’ombre » dans la « chronologie des faits, qui n’est pas claire », Mehmet, 28 ans, s’est bien rendu coupable de meurtre le 29 septembre 2014 en poignardant à plusieurs reprises Yusuf, 21 ans, sur le quai B de la gare de Juvisy-sur-Orge.
D’où des réquisitions de 15 ans de réclusion criminelle. Mais la cour et les jurés en ont décidé autrement en requalifiant les faits en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et en condamnant l’accusé à huit années de prison.
Le 29 septembre 2014, Mehmet, accompagné d’un mineur croisé par hasard, avait rendez-vous avec Ararat, qui lui doit 200 euros et qui refuse de le rembourser. Quand il arrive en train sur le quai de la gare de Juvisy, vers 21h15, Ararat est bien présent, mais accompagné de trois autres personnes, dont Yusuf. Ce dernier dit alors qu’il est là « pour niquer la mère à quelqu’un ». Mehmet prend l’insulte pour lui et le frappe. Les deux jeunes hommes de 21 ans échangent des coups de poing, tandis qu’Ararat donne des coups de ceinture à Mehmet. Ararat, en fuite depuis cinq ans, a été condamné à quatre ans de prison pour ces coups qui ont entraîné une incapacité totale de travail de 10 jours sur Mehmet. Un mandat d’arrêt a été décerné à son encontre.
Des coups de couteau « pas spontanés mais réactifs »
La suite de la bagarre est moins claire. Yusuf récupère une feuille de boucher apportée par Ararat et tente de frapper Mehmet à la tête. Il le touche près de l’oreille. Ce dernier sort un couteau et poignarde Mehmet à plusieurs reprises. Un des coups touche le ventricule gauche. Une blessure qui sera fatale à la victime. Qui a sorti une arme en premier ? C’était tout l’enjeu de ce procès. « Les faits ne sont ni tout noir ni tout blanc d’un côté comme de l’autre, en convient l’avocat général. Mehmet aussi est une victime. Il a été blessé par des coups de ceinture et de hachoir. Ses coups de couteau ne sont pas spontanés, mais réactifs. Tout cela pour une petite dette… »
Pour Me Philippe Quatreboeufs, avocat de la défense, « Mehmet n’a pas voulu cette mort. Il n’a pas visé le cœur. Il a porté des coups sur le côté, face à quelqu’un qui est mobile et qui tente de le frapper avec une arme. Il donne des coups de couteau jusqu’à ce qu’il arrête d’avancer sur lui et arrête de lui donner des coups de hachette. Il n’y a pas d’intention homicide. S’il sort son couteau, c’est parce qu’il est persuadé que sa vie est en jeu. Il parle de légitime défense. D’ailleurs, quand il prend des coups de ceinture, il ne donne pas de coups de couteau. »
Invité à prendre la parole en dernier, Mehmet, insulté par une des parties civiles, a de nouveau affirmé qu’il n’avait jamais eu l‘intention de tuer : « Je l’ai fait juste pour protéger ma vie. Avant cela, je n’avais jamais fait de tort à personne ».