De Caen à la Belgique, l’incroyable périple d’un vieil autel adopté par l’armée britannique

C’est à croire que le meuble sacré est escorté par la grâce. Un autel trouvé par des soldats britanniques à Caen en 1944 vient de réapparaître en Belgique. Plus précisément, l’objet a été déniché il y a trois ans mais c’est tout récemment que le puzzle de son histoire a été réassemblé. Celle d’une pièce en pérégrination sur les routes de la Libération, abandonnée et finalement ressortie de l’anonymat ces dernières semaines.

« L’armée britannique a découvert l’autel dans l’église du Vieux-Saint-Etienne, une ruine romantique près de l’Abbaye-aux-Hommes. C’est une ancienne église paroissiale désaffectée en 1792, qui servait d’entrepôt », raconte le père Laurent Berthout, porte-parole du diocèse de Bayeux et Lisieux. L’objet est en bois, plutôt transportable. Plutôt bien tombé pour célébrer les messes au gré de l’avancée des troupes.



À la fin du conflit, il est confié à la Talbot House à Poperinge, près d’Ypres et de la frontière franco-belge. Un lieu de passage réputé et très apprécié des soldats, notamment pendant la Première Guerre mondiale. « Pessimistes, passez votre chemin », est-il écrit sur la devanture de cet ancien club réhabilité en musée aujourd’hui. Pendant une vingtaine d’années, l’autel a trôné dans une petite chapelle aménagée par les militaires, sous les combles.

Le meuble avait échoué dans une brasserie

En 1966, une visite royale bouscule, à nouveau, son destin. « La reine Elisabeth II et le prince Philip sont venus en Belgique pour des commémorations, narre le père Berthout. Ils ont estimé que l’autel n’avait pas sa place à la Talbot House ». Des scouts l’auraient alors récupéré. Les nouvelles escapades du meuble se terminent dans une ancienne brasserie et malterie située à Alveringem, non loin de Poperinge et son club britannique.

Hendrik Nelde, repreneur de la brasserie, a racheté le château attenant à l’établissement il y a trois ans. « L’ancien propriétaire était très catholique. Il avait bâti une petite chapelle au grenier et organisait des sessions de poésie et de chants avec des jeunes », retrace-t-il. C’est dans ce fameux grenier que l’autel a été retrouvé. « Un photographe avait réalisé des clichés. Et les gens de la Talbot House ont fini par reconnaître l’objet sur des photos à eux. En comparant, nous avons déterminé qu’il s’agissait bien du même. »

Quatre histoires pour un symbole de la Libération

Le 9 mai dernier, un convoi de camions militaires a transporté l’autel du château jusqu’à la Talbot House, où il a été consacré par un aumônier anglais. Il sera rénové et retrouvera les combles du musée-hôtel, dans la petite chapelle où l’avaient installé les soldats après la guerre. « Finalement, cet autel a eu quatre histoires, souligne, ému, le père Berthout. D’abord dans une église, ensuite aux côtés de l’armée britannique, puis abandonné avant de revenir à une fonction liturgique ».

À moins d’une nouvelle visite royale hostile, l’autel devrait prolonger son séjour à la Talbot House. « Je le loue pour un euro par an, pour un minimum de cinq ans, confie Hendrik Nelde. Mais si tout se passe bien, il restera là-bas », accessible au public. Ce « symbole de la Libération », comme le décrit le propriétaire de l’ancienne brasserie, n’a peut-être pas fini de nous surprendre. Il aurait une « centaine d’années » d’existence selon le porte-parole du diocèse de Bayeux et Lisieux. Quid de son histoire avant la Seconde Guerre mondiale ? Les investigations ont commencé dans les archives normandes.

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