Avis de tempête autour du site de l’Observatoire de Saint-Maur-des-Fossés transformé en centre d’hébergement d’urgence
« Le maire a enfin choisi la manière forte », lâche un riverain. Depuis le 27 mai dernier, un gros bloc de béton posé par des employés municipaux devant l’une des deux entrées principales du site de l’Observatoire, avenue de Neptune à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), empêche les camions de passer la grille. Cette action témoigne de la tension qui monte autour de cet espace préservé d’un peu plus de 3 ha, une propriété de l’Etat sans activité depuis plusieurs années mais qui reprend vie aujourd’hui. Parés de nouvelles signalétiques, les bâtiments en préfabriqué de l’ancien Institut de physique du globe sont destinés à accueillir des personnes en situation de grande précarité, de mal-logement.
Annoncé voilà plusieurs mois par Sylvain Berrios, le maire LR de Saint-Maur-des-Fossés, le projet de centre d’hébergement d’urgence est entré dans une phase active. Le centre « La Pépinière » accueille ses premières familles. Une fois installées, elles « pourront bénéficier des services de première nécessité, cuisiner en autonomie et participer à des animations collectives », est-il précisé dans un message posté sur Facebook. L’association n’a pas donné suite à nos demandes d’éclaircissements.
« La ville a été prévenue du jour au lendemain »
Sylvain Berrios ne décolère pas : « La ville de Saint-Maur a été prévenue du jour au lendemain de l’arrivée des premières personnes accueillies au centre d’hébergement d’urgence », pointe-t-il dans un communiqué publié lundi soir. L’élu « déplore que la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Hébergement et du Logement (DRIHL) ne respecte pas ses engagements tenus publiquement au cours de réunion avec les habitants ces dernières semaines. »
Et de lister ces engagements, comme « le respect des règles d’urbanisme », l’information apportée aux habitants « en temps réel » de la mise en place de ce centre, la « limitation du nombre de personnes accueillies » et l’aménagement des entrées et sorties « pour respecter le caractère apaisé du quartier ». « La mise en place du centre d’hébergement d’urgence pourrait se passer de façon apaisée si la DRIHL respectait ses engagements vis-à-vis des habitants et faisait preuve de plus de clarté et de considération », déclare Sylvain Berrios.
« Un environnement propice à la sérénité »
Pendant ce temps, les soutiens du centre d’hébergement s’affichent : « Quelle satisfaction de penser que ces personnes éprouvées sont désormais logées dignement, vont pouvoir faire des projets, avancer, se reconstruire… », souligne Anne. « Saint-Maurienne, je suis ravie de savoir que la solidarité prend forme dans ce bel endroit trop peu utilisé ces derniers temps, dans un environnement propice à la sérénité », applaudit Véronique. Serein, ce quartier de Saint-Maur ne l’est pas totalement.
Olivier, 53 ans, est inquiet : « Il faut bien accueillir les gens en difficulté quelque part », introduit sans tarder celui qui avait quitté Paris pour Saint-Maur voilà dix ans afin d’« être au vert, tranquille ». « Mais on ne sait pas véritablement quels types de populations vont arriver et combien ils seront, glisse-t-il. On a entendu parler de 100 à 150 personnes, puis cent de plus. Ça fait peur. »
« Les choses se font sans concertation, les gens sont en colère »
Cet autre habitant a une crainte : voir se développer trafics de drogue et prostitution. « Ça va arriver, c’est certain », assure-t-il, mettant en avant le « gros noyau dur de résistance » dont il fait partie. « Les choses se font sans concertation, les gens sont en colère, cela n’en restera pas là », annonce-t-il. Des démarches en justice ont été lancées. La mairie indique de son côté avoir déposé un recours contre le permis de construire. Elle en profite pour évoquer son projet pour cette parcelle, « connu de longue date et de tous, conjuguant réserves naturelles, espaces verts et sport, inscrit comme tel dans le Plan Locale d’Urbanisme validé par l’Etat. »
L’association Saint-Maur avec vous avance aussi sur le terrain judiciaire, avec pour objectif l’annulation pure et simple du projet de centre d’hébergement sur ce site. « Ce projet méconnaît les règles fixées par le Code de l’urbanisme et le Code de la construction et de l’habitation, qui ont notamment pour objet de protéger l’environnement et le patrimoine, ainsi que d’assurer la sécurité des personnes hébergées », déclare Mihaï Guyard, le président de cette structure associative. Et de rappeler que « ce site forme de très loin le plus grand espace boisé de la commune, qui ne comprend aucun espace boisé classé ». Il réclame donc une révision du PLU pour le protéger.
Si l’ouverture de ce centre d’hébergement d’urgence est soutenue par plusieurs associations de Saint-Maur souhaitant apporter leur concours, elle est aussi saluée par la liste Saint-Maur écologie citoyenne. Ce n’est pas le cas de Laurent Dubois, élu d’opposition (DVD) et candidat à la mairie l’an passé. « L’Etat force et impose, fustige-t-il. Il faut faire preuve de solidarité, mais pas dans ces conditions ». Le conseiller municipal s’inquiète tout à la fois de la densification de cette zone et du désamiantage des locaux : « Cette façon de faire n’est pas acceptable pour les riverains, ni pour les personnes accueillies. »