A Rouen, les murs privés s’ouvrent aux street artistes
C’est en 2010 que la ville de Rouen (Seine-Maritime) a décidé de transformer ses rues en œuvres d’art contemporain lors d’une manifestation annuelle baptisée Rouen Impressionnée. Des centaines de street-artistes du monde entier se sont exprimés sur des immeubles, des hangars, des postes de transformation électrique, des bâtiments communaux et aussi sur le Palais de justice avec des LEGO.
Aujourd’hui, des parcours attirent bon nombre de curieux et « des touristes qui viennent d’abord pour le patrimoine historique et architectural de la ville, mais qui apprécient la surprise de tomber sur un trompe-l’œil, une fresque inattendue », constate Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen. Devenue une référence, la cité normande a décidé d’aller plus loin et d’impliquer les propriétaires privés. Elle lance une plateforme nommée « Faites le mur ! » pour les inciter à faire réaliser une œuvre sur leurs murs visibles depuis l’espace public.
Lors du Conseil Municipal du 29 mars, Marie-Andrée Malleville, l’adjointe à la Culture, Patrimoine/Matrimoine et Tourisme, a présenté un dispositif « pour que l’art infuse partout dans notre vie, pour tous, par tous et partout. Cette plateforme est là pour mettre en relation des propriétaires et des artistes. Nous voulons accompagner ces derniers dans leur vie professionnelle. Leur permettre de rencontrer des clients et les accompagner ». Ainsi, les murs disponibles seront référencés et géolocalisés. Après une convention signée entre les deux parties, « nous accorderons aux propriétaires la gratuité de l’occupation du domaine public lorsqu’il y a besoin de matériel type échafaudage ou nacelle », a détaillé l’élue.

Le maire Nicolas Mayer-Rossignol rappelle que c’est l’aboutissement « d’un engagement de campagne ». Il faudra tout de même respecter quelques règles juridiques et techniques comme avoir la pleine jouissance du mur, qu’il soit sain et d’une dimension minimum de 2 mètres par 2 mètres et en dehors du périmètre des Monuments historiques : « Les services de la ville aideront à vérifier le cahier des charges. La ville s’implique aussi financièrement avec une exonération de taxe, car une œuvre répond à un intérêt général. Après, ce n’est pas une dépense, c’est un moindre gain », spécifie le premier édile.
Il n’est d’ailleurs pas contre le principe d’intégrer ensuite les entreprises dans le dispositif. Et en tant que président de la Métropole Rouen Normandie, Nicolas Mayer-Rossignol avoue qu’il « aimerait beaucoup voir d’autres communes s’inspirer de la démarche. Mais, cela relève de chaque équipe municipale. Ce n’est pas un levier métropolitain ».
La question du prix
Mais qu’en pensent les street-artistes, pour certains habitués à la liberté des supports. Pour Liz Ponio, qui a participé pour la première fois à Rouen Impressionnée 2020 avec une fresque baptisée 16000 reflets sur le Centre socioculturel Simone Veil, « c’est très chouette qu’une ville s’engage dans ce moyen d’expression et de création. Ensuite, on pourra proposer nos créations et discuter directement avec des propriétaires à partir de la plateforme. J’espère que cela va marcher, car, dans un premier temps, en plus de la protection artistique, il faudra passer le cap du prix. Je pense que c’est un bon dispositif pour se faire connaître ». À 29 ans, la jeune street-artistes espère que « la ville va s’assurer qu’on ne nous paye pas des cacahuètes. Il y aura forcément des surprises. Les clients devront se rendre compte que c’est un travail, une création. Il faudra tous trouver un juste milieu ».