Fianso sort un nouvel album : «Je veux assumer mon côté business !»
« La fierté des nôtres », la formule largement employée dans le milieu du rap, va comme un gant à Fianso, l’autodidacte mué en chef d’entreprise. Le rappeur sort ce vendredi « la Direction », un nouvel album aux textes ciselés. Sofiane Zermani, 34 ans, le caméléon roublard, a su multiplier les activités et devenir un exemple de réussite.
Lui, le gamin de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), désormais homme d’affaires et artiste, brouille les pistes entre musique, comédie, animation d’émissions et affaires. Après sa participation à l’excellente série « les Sauvages » sur Canal +, il tourne actuellement « Hors saison » pour France 2 et sera au théâtre du Châtelet début 2022 avec « Gatsby le Magnifique ».
Il présente également la troisième saison de « Rentre dans le cercle », une émission spécialisée dans le rap qui triomphe sur YouTube. Sans oublier les projets musicaux pour les autres artistes à la tête de son label indépendant de musique, le bien nommé Affranchis. Rencontre.
Vous revoilà avec un nouvel album « la Direction » après une pause, pourquoi revenir maintenant ?
SOFIANE. J’ai suivi mes envies et il y en avait plein. Avec mon label, j’ai voulu produire d’autres artistes comme Soolking ou Heuss l’Enfoiré. Il fallait que je mette ma propre carrière entre parenthèses pour donner sa chance à Sofiane le producteur, à Sofiane l’acteur. Tourner des séries comme les Sauvages, le projet qui arrive pour France Télévisions, préparer Gatsby au théâtre… c’est énormément de travail, il faut apprendre des pavés de textes. Mais je n’ai jamais arrêté d’écrire pour moi en parallèle.
Cela ne part pas un peu dans tous les sens ?
Si… comme ma vie (rires) ! Je dors très peu et je suis concentré quand il faut prioriser. J’ai aussi toute une équipe avec moi. On la joue collectif. J’aime bien l’idée d’être à la tête d’une petite épicerie.
Être chef d’entreprise, c’est un rêve de gamin ?
Je ne me permettais pas ce rêve car je viens de trop loin. Je n’ai pas d’exemple de mec qui touche autant de branches du monde du divertissement comme je le fais aujourd’hui. Je me suis créé mon propre modèle et je m’extermine au boulot. J’ai des responsabilités. Il y a des familles, des loyers qui dépendent de moi. Mon père (NDLR : qui faisait les marchés) m’a appris le goût du sacrifice. Il s’est mis entre parenthèses pendant trente ans pour sa famille. Il n’a jamais eu de belle voiture alors qu’il aurait pu, il n’a pas fait de grand voyage, n’a pas vu le monde. Pour moi, c’est normal de faire pareil.
VIDÉO. Fianso, le rappeur aux 1000 visages
Pourquoi citer Roschdy Zem et Marina Foïs, tous deux présents dans « les Sauvages », dans un des titres ?
Le succès de la série m’a ouvert des possibilités que je n’imaginais pas et qui me font trembler. C’était un clin d’œil ! Et cela envoie un message : je suis partout. Dans le rap mais aussi dans le cinéma… Je parle aussi de Bruce Wayne car je me sens beaucoup plus comme lui que comme son double Batman. J’ai la même schizophrénie en moi. Il y a plein de personnes diamétralement opposées dans ma tête mais c’est moi le chef ! Passer de l’album Bandit saleté à Gatsby au festival d’Avignon la même année, c’est schizophrénique. Quand j’ai joué à Avignon, les trois premiers rangs, c’était des petits des cités du coin. C’était génial de leur rendre accessible le théâtre.
Sur la pochette, vous cassez les codes en vous montrant comme sur une publicité de parfum…
C’est entre une affiche électorale et une publicité pour Emporio Armani. Je veux assumer mon côté business, je ne parle plus de rap game mais d’industrie de divertissement. Le terrain de jeu est immense. Certains font des années d’études pour accéder à un savoir-faire commercial. Et il y a des mecs qui appliquent naturellement les règles du marketing. Il y a quinze ans, Kery James rappait On n’est pas condamnés à l’échec et certains le qualifiaient de démago. Maintenant c’est réel. Vous pouvez atteindre tout ce que vous voulez en vous en donnant les moyens. Et ce n’est pas juste une rhétorique. Je suis un cérébral, je me prends beaucoup la tête et forcément, cela m’isole. Et la musique n’a rien à faire chez moi, il n’y a pas un disque d’or au mur. Mes fils, qui ont 9 et 11 ans, m’écoutent mais ils ne m’en parlent pas. On est très pudique. Comme mon père qui ne me racontait rien. Je suis terrifié à l’idée de leur faire ressentir mes angoisses de patron.

Le nom de votre album, « la Direction », c’est cela ?
C’est le bureau au dernier étage avec la vue, celui du dirigeant, la direction des services opérationnels… C’est la didi, diminutif de direction, comme on me surnomme dans le rap. Je traîne avec des gens qui ont des bureaux et qui envoient du cordialement… Je suis super sérieux dans ma matrice. Cet album, c’est aussi une réponse aux multinationales de la musique. Maintenant, je parle d’égal à égal avec eux. On s’est formé, on sait où l’on va. C’est essentiel d’apprendre aux jeunes les métiers du disque.
Vous parlez de ces artistes qui explosent les scores des ventes en ce moment ?
Ce n’est pas parce que tu fais du chiffre que ton album est bon. À force d’être focalisé uniquement sur le chiffre, on passe à côté d’albums en or. Les gens n’écoutent plus ce qu’ils aiment, ils ne cherchent plus à découvrir mais consomment ce qu’on leur met sur la table, par exemple dans les playlists des plateformes de streaming. Le petit rappeur à la mode du moment, ce n’est pas parce qu’il a fait un disque de platine que c’est un truc de ouf. Faut se calmer.
Vous arrivez d’ailleurs avec un album court, alors que beaucoup de rappeurs enregistrent énormément de chansons pour le streaming…
Les meilleurs restaurants ont quatre plats au menu. Les plus grands albums de rap sont très peu fournis. Mes références ce sont des mecs comme Lino (NDLR : du groupe Ärsenik) : chaque chanson est une pièce en soie. J’ai envie d’être fier de chaque morceau.
LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5
«La Direction», de Sofiane, Affranchis Music, Capitol. Sortie le 21 mai.