À Reims, les élèves apprennent à lire avec un chuchoteur. Et ça marche !
Pas facile d’apprendre à lire avec un masque sur le nez. L’école Jeanne-d’Arc a mis en place depuis mars des « chuchoteurs » dans ses classes de CP. Un test qui fait ses preuves au fil des mois et qui a conquis Catherine Thiébaud, l’une des deux enseignantes. « J’y ai tout de suite cru, j’avais entendu parler d’une initiative similaire lancée dans une école de Saint-Malo. Les enfants ont besoin d’élever la voix au début de l’apprentissage de la lecture. Cet outil renvoie le son dans leurs oreilles et ils s’entendent mieux. »
Et le côté ludique n’a pas échappé à ses 22 élèves. Naïm sort la tête de son « J’aime lire » pour témoigner : « Ça fait comme un coquillage quand on le met sur notre oreille. Et je lis mieux car je ne suis plus dérangé par les autres. Je ne manque plus une seule ligne ! »
Le coup de pouce du BTP
Pour certains, le chuchoteur s’est fait plus rare au fur et à mesure des lectures. « C’est incroyable, j’ai vu de gros progrès. Et certains ont pris l’habitude de lire dans leur tête. À la prochaine rentrée, je mettrai ça en place dès le début de l’année », se projette déjà la maîtresse.
Plongée dans les aventures de l’héroïne Soy Luna, Charlotte a son chuchoteur plaqué sur l’oreille droite. Elle fait partie des adeptes depuis le début. « Dès que je me rends compte que je parle trop fort, je l’utilise. Ça fait une voix un peu plus haute. Et comme ça, je ne dérange plus les autres. » Car le bruit, c’est le nerf de la guerre dans une classe de CP qui apprend à lire avec un masque en tissu sur le visage. « C’est beaucoup plus calme et mes élèves ont gagné en concentration grâce au chuchoteur. »
Le matériel est abordable : il s’agit ni plus ni moins que de deux coudes de plomberie, emboîtés l’un dans l’autre, avec un coût unitaire de 1,41 euro. L’école n’a même pas déboursé un centime pour les obtenir. « Une maman d’élève qui travaillait dans une entreprise du BTP s’est rapprochée de nous pour nous les mettre à disposition », détaille la directrice de l’école, Aurélie Lampire. Le siège de PUM Plastiques est en effet installé à Reims et sa directrice générale, Sibylle Daunis, est à l’écoute pour développer des projets : « Cela avait du sens pour nous car ce projet utilise des produits qu’on commercialise. »
La patronne a ainsi décidé de subventionner les 100 premières demandes remontées par ses salariés. Le BTP n’étant pas le secteur qui a le plus souffert de la crise sanitaire, Sibylle Daunis garde à cœur de se préoccuper de l’environnement de ses employés. « Le coût est marginal pour l’entreprise mais, après la crise qu’on a connue, c’est important de se tourner vers les autres. Et si ça peut donner des idées à d’autres enseignants à travers la France, pourquoi pas ? » Pour l’heure, c’est à Reims, Brest (Finistère) et Pamiers (Ariège) que des écoles ont bénéficié de ces chuchoteurs offerts.