«Histoires de Paris» : monuments engloutis, projets qui n’ont jamais vu le jour… à la recherche du Paris perdu
Pour le quinzième numéro de ses « Histoires de Paris », le Parisien vous emmène chasser des fantômes. Monuments vaincus par le temps, jetés à terre par des peuples en colère (Révolutionnaires de 1789, Communards de 1871), ou simplement démolis pour faire place nette à l’avenir. Par une sorte de miracle qui a duré des siècles, l’ancienne Lutèce n’a jamais été ravagée par les coups de boutoir de ses ennemis.
Les obus de la grosse Bertha lui ont fait plus de peur que de mal. Les incendies l’ont peu ou prou épargnée, contrairement à Londres ravagée par les flammes en 1666. Certes, il s’en est fallu parfois de peu, comme en août 1944 lorsque Hitler intima à von Choltitz, le gouverneur militaire, de le « transformer en champ de ruines ». Lequel s’en garda bien alors qu’il n’avait eu aucun scrupule à raser Sébastopol sur le front soviétique… Il y a au moins un avantage à être la ville la plus admirée au monde : personne ne veut passer pour son bourreau aux yeux de l’Histoire.
Dans ses rangs en revanche, la capitale n’a pas toujours compté que des amis. Aux côtés des habituels fanatiques ou des vandales, on trouve les inévitables spéculateurs mais aussi quelques souverains – Louis XIV par exemple – et pas mal de hauts fonctionnaires. Parfois animés des meilleures intentions, comme l’implacable baron Haussmann, bras armé (d’une pioche) de Napoléon III. Pour faire respirer les rues tortueuses et malsaines qui avaient peu bougé depuis le Moyen Âge, l’Empereur et son « préfet éventreur » ont beaucoup rasé. Souvent à bon escient, pour embellir Paris en lui donnant le visage qui fait aujourd’hui sa renommée. Parfois moins inspirés, lorsqu’il exécuta l’île de la Cité, berceau de la capitale, sans autre forme de procès.
Le « ventre de Paris » parti gargouiller du côté de Rungis
Hygiénisme et modernisme. C’est au nom de ces deux vertus qu’un peu plus d’un siècle après leur édification par les deux hommes, les mythiques pavillons Baltard, joyaux des Halles, ont été sacrifiés en 1971 sous l’ère Pompidou. Ils étaient les derniers témoins de ce « ventre de Paris » parti gargouiller du côté de Rungis deux ans plus tôt. Les photos de leur démolition, montrées dans ce hors-série de 116 pages, sont saisissantes. Tout comme les reconstitutions en 3D – le Palais rose de l’avenue Foch, les Bains chinois du Bd des Italiens, etc. – de ce Paris que vous ne verrez plus.
Ou que vous n’auriez jamais pu voir : c’est l’un des tours de force de n° 15 que d’exposer les projets délirants auxquels la Ville lumière a échappé. Les 200 gratte-ciel d’Auguste Perret, un aéroport de nuit sur l’île aux Cygnes (XVe), une fontaine éléphantesque à la Bastille… C’est dans ce Paris fantomatique, disparu ou imaginaire, que nous vous invitons dans cette drôle de balade, sur les pas de notre guide habituel, Lorànt Deutsch, qui lance dans ce nouveau hors-série un appel vibrant pour sauver certains édifices aujourd’hui menacés.
Histoires de Paris n° 15, « Le Paris disparu ». Disponible dès ce lundi 31 mai dans tous les points de vente. Prix : 6,20 euros.