Corruption à Fresnes : un ancien chef de division de la prison et Arnaud Mimran renvoyés en correctionnelle
L’affaire avait fait du bruit. Quatre ans après le début de l’enquête, quatre hommes, dont l’un des trois chefs de division de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) et l’homme d’affaires Arnaud Mimran, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Créteil dans une affaire de corruption présumée. Au centre pénitentiaire de Fresnes, le chef de division D3 est soupçonné d’avoir touché de l’argent en échange d’un traitement de faveurs accordé à des détenus majoritairement membres de la communauté juive, comme l’a révélé l’hebdomadaire L’Obs.
Tout est parti d’une note du contrôleur général des lieux privatifs de liberté et d’un renseignement recueillis par les enquêteurs, évoquant des soupçons à l’encontre d’une personne haut placée à la prison. Très vite, les enquêteurs de la brigade de la répression de la délinquance économique et la police judiciaire de Versailles (Yvelines) accumulent des éléments, notamment en mettant sur écoute le téléphone du suspect et sa voiture de service. Ils épluchent également ses comptes, ses revenus. L’homme part souvent en vacances et surtout ne dépense pas beaucoup d’argent déposé sur ses comptes.
« Une inquisition », selon le défenseur d’un des directeurs de la prison
« L’autorité judiciaire a mené une véritable inquisition contre mon client et après quatre ans d’enquête, force est de constater que le prétendu système de corruption tant annoncé et survendu n’existe pas », constate Me Philippe Ohayon, l’avocat d’un des directeurs, Khalid El Khal, qui sera jugé pour corruption passive et association de malfaiteurs.
Il aurait permis à des détenus, moyennant rétribution, d’obtenir des téléphones portables en cellule, des douches de façon plus régulière ou bien un appui pour obtenir parloirs et aménagement de peine. « Cette procédure est un scandale, s’énerve Me Ohayon. Rarement la justice n’a été aussi loin pour détruire un homme. »
Finalement, les investigations mènent à trois personnes, dont deux détenus, les possibles « corrupteurs ». Arnaud Mimran, condamné dans le cadre du trafic à la taxe carbone et Eric Robic, le chauffard français qui avait écrasé une Israélienne à Tel-Aviv en septembre 2011, seront jugés pour « corruption active ».
« Ce procès (NDLR : en correctionnelle) sera celui de Fresnes, ce ne sera pas celui de monsieur Mimran, a estimé l’avocat de ce dernier, Me Jean-Marc Fedida, fustigeant les conditions de détention de cette prison, régulièrement critiquées. Il est parfaitement indécent de reprocher à des détenus et en particulier à Arnaud Mimran d’avoir procédé à une corruption quelconque qu’un dossier d’instruction pourtant mené énergiquement n’a jamais démontré. »
« Il n’a jamais eu d’accès privilégié », fustige l’avocat d’Arnaud Mimran
Son client « a eu la cellule de France la plus fouillée. Il n’a jamais eu d’accès privilégié, martèle Jean-Marc Fedida avant de revenir sur son transfert. Il souhaitait aller à la prison de Meaux, en Seine-et-Marne. On l’a envoyé au Havre (Seine-Maritime) ! »
Dans tous les cas, le long parcours judiciaire se poursuit pour Arnaud Mimran, qui a été mis en examen le mois dernier pour « complicité d’assassinat » dans le dossier du meurtre du milliardaire Claude Dray, tué en 2011, et pour « meurtre en bande organisée » dans celui de Samy Souied, surnommé « le caïd des hippodromes », tué en 2010.
La quatrième personne renvoyée est Fabrice Touil, apparu lui aussi dans l’arnaque à la taxe carbone, soupçonné d’avoir remis de l’argent au directeur à plusieurs reprises. Il est renvoyé pour des faits de corruption active et pour avoir participé à une association de malfaiteurs.
« La prison de Fresnes, on sait tous ce que c’est, rétorque une source proche de l’affaire faisant allusion à plusieurs affaires qui ont touché l’établissement ces dernières années avant de revenir sur le rôle d’un des trois chefs de division. Les policiers l’ont interpellé à son domicile. Il jetait des billets à travers la fenêtre. »
Depuis, le nouveau directeur a pris des mesures pour tenter d’endiguer la corruption au sein de l’établissement. « Les cadres doivent monter l’exemple, estime Cédric Boyer, secrétaire local de FO-pénitentiaire qui refuse de se prononcer sur l’affaire. Nous attendons de voir ce que dira la justice. »