Fausse alerte enlèvement d’une lycéenne à Beauvais : un adjoint au maire présente ses excuses après avoir relayé la rumeur

Le logo du dispositif « Alerte enlèvement », les nombreux détails, le témoignage en filigrane de la victime ou encore l’appel à témoins… En apparence, la tentative d’enlèvement pouvait sembler tout à fait crédible. Sauf qu’il s’agissait d’une fausse alerte, relayée ce vendredi matin par un adjoint au maire de la ville de Beauvais (Oise). Selon nos informations, la jeune femme aurait « menti », après avoir séché les cours le jeudi après-midi. Et ainsi éviter que ses parents ne l’apprennent…

« Une jeune fille semblerait avoir été kidnappée hier après la sortie du lycée Paul-Langevin. Il aurait attendu qu’elle soit isolée, avec personne autour d’elle, pour la forcer à monter dans son véhicule », écrit sur sa page Facebook Mohrad Laghrari, adjoint à la mairie de la ville-préfecture. L’adolescente, une proche de l’élu, serait « saine et sauve », ajoute-t-il. Le coupable, un « homme très mate avec bonnet, plus un masque noir », avec un « tatouage vers le pouce, sur la main qui rassemblerait à un serpent voir lézard » serait toujours en fuite, poursuit le politique.

« Faux », s’empresse-t-on de rétorquer du côté des forces de l’ordre. « Contrairement à ce que certaines personnalités politiques ont pu dire, on n’a pas du tout eu d’enlèvement ou même de tentative d’enlèvement », tranche le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Eric Heip, qui a reçu l’élu dans l’après-midi aux côtés de la procureur de la République de Beauvais, Caroline Tharot.

La publication de l'élu beauvaisien Mohrad Laghrari a été supprimée en début d'après-midi.
La publication de l’élu beauvaisien Mohrad Laghrari a été supprimée en début d’après-midi.  capture d'écran

Si une enquête est en cours, « ces éléments ne sont pas du tout vérifiés », insiste-t-il. Entendue dans la matinée au sein du commissariat de Beauvais, la jeune fille aurait ainsi tout inventé. Sauf qu’avant d’être supprimée par son auteur en début d’après-midi, la publication de Mohrad Laghrari est devenue virale… Partagé plus de 2000 fois, ce texte a suscité de nombreux commentaires angoissés sur les réseaux sociaux. « C’est pour ça que j’accompagne encore ma fille de 17 ans au lycée », écrit ainsi une mère de famille.

« Je n’ai pas douté une seule seconde »

Des pages Facebook locales relaient elles aussi la supposée tentative d’enlèvement, provoquant l’inquiétude chez les habitants… Et la colère chez les forces de l’ordre. « C’est inconsidéré, inconséquent et je pèse mes mots », gronde Eric Heip. Quant à l’usage du logo du dispositif d’état « Alerte Enlèvement », « c’est un dispositif national que l’on garde pour des cas très précis et que l’on déclenche très rarement. Il pourrait perdre de sa pertinence ». « Cela risque de décrédibiliser totalement ce dispositif unique que seul un procureur peut déclencher », redoute Caroline Tharot.

Le directeur départemental de la sécurité publique dénonce ainsi « un climat de suspicion », créé de toutes pièces par l’élu et l’invite à ne plus s’occuper « des affaires de la justice et de la police ». « Il n’y a eu aucune tentative d’enlèvement, tonne la procureur de la République. Cet élu n’a pas mesuré la portée de son poste et ses conséquences. Enlèvement ou pas, on ne procède pas de la sorte. C’est d’autant plus consternant qu’on a affaire à un élu… »

Au cabinet de Caroline Cayeux, maire (DVD) de Beauvais, on se refuse pour l’heure à évoquer d’éventuelles conséquences politiques pour l’adjoint. La municipalité se contente d’indiquer que l’édile s’est entretenue avec le directeur départemental de la sécurité publique dans la matinée, pour se voir confirmer cette « fake news ».

????FAUSSE ALERTE ENLEVEMENT ????

Ce matin je vous informais d’un enlèvement qui eu lieu sur Beauvais.
Je reviens vers vous…

Posted by Mohrad Laghrari on Friday, June 11, 2021

Contacté par le Parisien, Mohrad Laghrari plaide désormais la bonne foi, « le bon sentiment »… Il aurait ainsi relayé le témoignage d’une proche, pour « alerter les parents et les sensibiliser à un risque potentiel ». Sans vérification ? « Il faut relire mon texte, j’ai utilisé beaucoup de conditionnels en décrivant les faits. Il vaut mieux prévenir que guérir. » Plus tard dans l’après-midi, après avoir supprimé son post, il finira toutefois par publier un démenti accompagné d’une vidéo dans laquelle il présente « ses excuses les plus sincères », expliquant que l’adolescente était sa « petite-cousine ». « Le curseur de la sensibilité a joué, le curseur de la confiance était beaucoup plus élevé et a fait que je n’ai pas douté une seule seconde », ajoute Mohrad Laghrari.

L’élu s’expose-t-il désormais à d’éventuelles poursuites ? « Son comportement n’est pas pénalement répréhensible », indique la procureur de la République.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *