Reprise d’Office Depot : au siège de Senlis, les 250 salariés n’échapperont pas au «carnage»
Les panneaux et enseignes Office Depot ont déjà disparu du paysage. Mais jusqu’à la fin de semaine dernière, les 250 salariés du siège de Senlis (Oise) du spécialiste des fournitures et de l’ameublement de bureau espéraient encore qu’une partie d’entre eux poursuivrait leur carrière sur un autre site. Toujours sur le secteur de Senlis.
Un espoir douché par la décision du tribunal de commerce de Lille (Nord), qui a choisi Alkor comme repreneur d’Office Depot, placé en redressement judiciaire au début de l’année. Une option qui n’avait pas les faveurs des salariés et qui scelle définitivement le sort de l’activité dans la commune de l’Oise. « Que restera-t-il d’Office Depot à Senlis ? La réponse est simple : rien, enrage Sébastien Fournier, le secrétaire du CSE central et délégué Unsa. Les bâtiments ont déjà été vendus pour 10 millions d’euros à Val France et dans l’offre d’Alkor, les fonctions supports et administratives du siège ne seront pas reprises… Pour les 250 salariés de Senlis, ce sera le licenciement, dès le mois de juillet, jusqu’à septembre pour les derniers. »
«Le coup de grâce qui met fin à Office Depot»
Sur les 1 500 salariés d’Office Depot France, le groupe Alkor prévoit d’en reprendre 460, « et offre des emplois à 370 collaborateurs dans les fonctions commerciales, informatiques et support, avec une priorité à l’embauche pendant deux ans », précise un communiqué d’Alkor.
Un système de bourse à l’emploi perçu comme un trompe-l’œil par les salariés, qui auraient préféré l’offre de reprise d’Adexgroup, qui sauvait quant à elle 200 emplois de plus et prévoyait un maintien d’activité sur le territoire de la communauté de communes de Senlis Sud Oise.
« Cette décision, c’est le coup de grâce qui met fin à Office Depot, juge Béatrice Meunier, déléguée Unsa à Senlis. Les salariés sont en état de choc, il y avait un véritable attachement à Senlis. Ce sont majoritairement des gens d’expérience, avec au moins 20 ans d’ancienneté, voire 35 ou 40 ans pour certains qui on fait toute leur carrière dans l’entreprise. »
Basée à Senlis depuis 1971, quand la société s’appelait encore Guilbert, l’entreprise a longtemps été le plus gros employeur de la ville (avant l’arrivée d’Amazon), comptant plusieurs centaines d’emplois sur le site de Senlis-Villevert. Mais à partir du début des années 2000, les plans sociaux vont se succéder : quatre entre 2003 et 2015, dont le dernier amputera le siège de Senlis de 250 postes.
«On a l’impression de se trouver dans une société fantôme»
Loin de sauver l’activité, la prise de contrôle de l’actionnaire allemand Aurelius va au contraire accélérer la chute d’Office Depot, placé en redressement judiciaire, et dont l’avenir ne s’écrira pas dans l’Oise. « C’est un énorme gâchis, soupire Virginie, qui fait partie des fonctions supports au sein du siège. Il n’y a plus grand monde sur le site et on a l’impression de se trouver dans une société fantôme. Nous n’avons aucune offre de reclassement, parce qu’aller travailler à l’autre bout de la France pour un salaire moins important, je ne sais pas si cela intéressera beaucoup de monde. J’ai bientôt 50 ans, 23 ans d’ancienneté, je suis plutôt sereine sur ce que je voudrais faire. Mais on ne s’attendait quand même pas à un tel carnage. Les sites de Senlis et Villepinte disparaissent, on garde seulement 50 magasins sur 60. Pour l’instant, tout le monde attend de savoir si on est dispensé de travailler. De toute façon, on n’a plus vraiment la tête à ça… »
Plus jeune dans l’entreprise, Estelle accuse aussi le coup. « Depuis 4 ans c’est compliqué, je n’ai jamais vraiment connu d’accalmie mais j’avais l’espoir d’être reprise dans le cadre de l’autre offre et de continuer sur Senlis. Là, c’est la douche froide, je n’ai pas réfléchi à ce que j’allais faire. Je suis une commerciale sédentaire, je n’ai pas envie d’être rattachée à un magasin n’importe où en France. C’est très dur parce qu’à la base, Office Depot, c’était presque une entreprise familiale. »
La nouvelle suscite aussi l’incompréhension de la municipalité senlisienne. « Je suis très attristée de voir ce qui arrive à une entreprise historique de Senlis, souligne la maire Pascale Loiseleur. Il est très regrettable que l’on ne tienne pas compte de l’avis du personnel sur le choix du repreneur. »
Les organisations syndicales en appellent désormais au Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, pour que le ministère public fasse appel de la décision du tribunal de commerce de Lille. Une démarche dans laquelle Pascale Loiseleur entend bien les appuyer.