Nourrice accusée d’avoir tué un bébé dans le Val-de-marne : «J’étais à bout»
Un mouchoir à la main, le teint blafard, Aurélie S. ne s’arrête plus de parler. Il est 22 heures ce lundi à la cour d’assises du Val-de-Marne et l’ancienne nourrice de Rose, 6 mois, a déjà avoué « l’irréparable ». Oui, elle est bien « coupable » de la mort du bébé qu’elle gardait ce 6 juin 2018 chez elle à Créteil. « J’ai secoué Rose, je l’ai posée contre moi, je l’ai projetée contre la table à langer », répète-t-elle alors qu’elle est pressée de questions de la part des parties civiles et de l’avocat général.
« J’étais à bout », tente-t-elle d’expliquer. Elle s’adresse une nouvelle fois aux parents de la victime. « Je vous demande pardon pour ce que j’ai fait ». « Les parties civiles ont demandé à ce que vous ne vous adressiez plus directement à elles », la recadre le président de la cour d’assises. Marie, la maman, sort une nouvelle fois de la salle. « Je n’en peux plus, souffle-t-elle. Je ne pensais que ce serait aussi exténuant. Je pensais qu’en lui parlant de maman à maman, elle dirait enfin la vérité ».
« Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai fait »
Sur la journée du 6 juin, l’accusée a bien reconnu qu’elle avait commis des violences mortelles sur Rose. « C’est horrible, impardonnable. Il n’y a pas de mots. Rose n’avait rien fait. Je vis tous les jours avec les vies que j’ai brisées ». Pour autant, « je ne voulais pas la tuer », répond-elle à son avocat. D’après elle, c’est un travail de « thérapie » qui lui permettrait aujourd’hui de se souvenir de ses actes. Elle se voit « bondir de [son] fauteuil aux premiers pleurs » avant de plonger dans un « trou noir ».
Les débats ce mardi soir portent surtout sur l’autre journée, le 30 mai, où la nourrice est accusée d’avoir déjà commis des violences légères sur Rose. Une côte cassée dont elle avait montrée l’emplacement aux policiers lors de sa garde à vue. Des violences qu’elle nie à présent lors du procès. « Je sais que c’est dur de me croire après ce que j’ai fait. Mais ce jour-là il n’y avait pas de colère en moi, pas de vomissements pas de pleurs ». Elle concède un geste « inapproprié » lorsqu’elle a changé Rose directement sur un fauteuil et non sur la table.
Les parties civiles insistent. S’agit-il d’une simple négligence professionnelle ou une façon d’atténuer sa responsabilité ce jour-là ? Pourquoi a-t-elle évoqué ce geste lors de sa garde à vue ? « Les policiers me parlaient de cette blessure. Moi je cherchais des réponses en même temps que je les donnais. »
Pour la défense, c’est sous la pression des enquêteurs qu’Aurélie S. a fini par avouer des choses qu’elle n’avait pas commises pour cette journée du 30 mai. Les avocats de la nourrice réclament que la cour écoute l’audition filmée lors de la garde à vue. Pour eux, c’est une évidence : « Les trois quarts des propos de la nourrice n’ont pas été retranscrits » dans le procès-verbal. Ils font allusion au procès en appel des policiers brûlés à Vitry-Chatillon où la défense avait soulevé des paroles tronquées et des questions orientées. Selon eux, les enquêteurs de la brigade des mineurs ont eux aussi, dans l’affaire de la nourrice, commis des « faux en écriture public ».
Les avocats de la défense annoncent déposer plainte contre la police
« Nous déposons plainte, annoncent-ils. Les policiers ont le droit d’être insistants, pas d’être malhonnêtes. « Il n’y a pas eu de travestissement de la réalité », répond l’avocat général. Pour le président, « tous les propos n’ont pas été retranscrits » mais « ce n’est pas le procès de la police » et de toute façon le principe d’un cour d’assises, « c’est l’oralité des débats. ».
Dans la salle d’audience, la trentaine de proches des parents de Rose ne comprennent pas qu’on insiste à ce point sur la retranscription de la garde à vue. « Les enquêteurs ont fait leur travail », jugent-ils. Ce mercredi, pour le dernier jour du procès, les avocats des parties civiles vont s’exprimer avant les réquisitions de l’avocat général et les plaidoiries de la défense. Aurélie S. encourt 30 ans de réclusion.