Des artistes de l’univers BD illustreront les quais de gares du Grand Paris Express
Imaginer la décoration d’une station de métro pour indiquer la proximité de la tour Eiffel, de l’Opéra, de la Pyramide du Louvre… ? Rien de plus facile. Mais comment « illustrer » un quai de métro pour qu’il donne un aperçu de la ville en surface lorsqu’on se trouve dans les sous-sols de Vitry-sur-Seine (94), Noisy-Champs (93-77), Sevran-Beaudottes ou à La Courneuve (93) ? C’est la question à 15 000 € – le montant de la rémunération qui sera accordée pour chaque commande — que la SGP (Société du Grand Paris) pose, à partir de cette semaine, aux artistes, dessinateurs, illustrateurs ou graphistes français et étrangers. Ils auront jusqu’en septembre prochain pour y répondre, esquisses à l’appui.
Un appel à candidature international
La société chargée de mener à bien le « chantier du siècle » de construction des 200 km de nouvelles lignes de métro autour de la capitale a en effet lancé, cette semaine, un appel à candidature international pour « illustrer le Grand Paris ». Chaque artiste retenu à l’issue de la consultation aura la charge de concevoir les illustrations de quais d’une des gares du Grand Paris Express (GPE). La consultation, menée dans le cadre de l’année de la BD, et en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, s’adressera en priorité aux artistes de l’univers de la Bande Dessinée… au sens large.

Leurs fresques « pérennes », qui seront imprimées sur des plaques d’acier, seront déployées sur des modules de différentes tailles, d’une surface totale de 50 m2 par station. Pour l’heure, 32 des 68 gares du futur GPE sont concernées par l’appel à candidature. Il s’agit de celles qui se trouvent sur les futures lignes 15, 16 et 18 et dont la mise en service est prévue entre 2024 et 2026. Les autres gares, dont l’ouverture est programmée pour 2030 (et au-delà) feront l’objet d’un appel à candidature ultérieur.
« La dimension esthétique et culturelle tient une part importante dans le projet du Grand Paris », insiste Pierre-Emmanuel Becherand, directeur de l’unité architecture et design de la SGP, en rappelant que les 68 futures gares, conçues comme des « marqueurs des territoires qu’elles desservent », ont été imaginées par autant d’architectes différents. « Elles seront toutes dotées d’une œuvre d’art dans le cadre du projet Tandem, qui a consisté à créer des binômes architecte-artiste pour chaque gare », ajoute-t-il.
Evoquer la ville qui se trouve au-dessus
Les « illustrations des quais » constitueront le dernier élément de ce parti pris culturel… et remplaceront avantageusement les pubs absentes des murs des stations et cantonnées sur des petits panneaux sur les façades de quai et dans quelques couloirs. « En matière de publicité dans les gares, notre politique c’est moins mais mieux », résume le Monsieur architecture de la SGP.
« Les illustrations, visibles depuis les rames au travers des façades de quai largement vitrées, seront des portraits d’auteurs de ce qu’on trouvera au-dessus des gares », précise Ruedi Baur, le designer franco-suisse qui a conçu l’identité visuelle du futur supermétro. « De gare en gare, elles raconteront une histoire de cette périphérie qui va devenir la ville au même titre que la zone centre », s’enthousiasme le designer qui fera partie (avec 6 autres professionnels du monde de l’art ou de l’image) du jury chargé de sélectionner les artistes lauréats, au début de l’année prochaine.

Le cahier des charges qu’ils devront respecter est très ouvert. « Ils n’auront qu’une seule obligation : évoquer par leur œuvre, la ville qui se trouve au-dessus. Mais pas forcément de façon figurative ou fonctionnelle. Il ne s’agit pas de proposer des plans. Il pourra s’agir de représentations symboliques, métaphoriques… », rappelle Jean Dominique Secondi, responsable du pôle culture de la SGP.
Résidences artistiques
« Quand on passe à Arts et Métiers (NDLR : la station de la ligne 11 aux murs habillés de plaques de cuivre qui ressemble à l’intérieur du Nautilus de Jules Verne), on sait tout de suite où l’on se trouve sans avoir à regarder le nom de la station », complète Jean-Emmanuel Becherand. « L’idée c’est de donner une identité singulière à chaque gare du Grand Paris pour aboutir au même résultat. »
Les artistes lauréats n’auront cependant pas totalement carte blanche. Leurs esquisses qui seront soumises à l’avis des élus des villes concernées seront « retravaillées », au contact des futurs riverains du supermétro, à l’occasion de « résidences artistiques » qu’ils tiendront sur les sites concernés durant une semaine à l’automne 2022. L’ensemble de leurs projets seront validés en décembre de la même année.