Hippisme : on a retrouvé Pierrette Brès, la voix féminine des courses

Ses nombreux fous rires avec Claude Sérillon, l’un des présentateurs vedette d’Antenne 2 ( France 2 désormais), au début des années 1980, restent des moments qui ont marqué l’histoire de l’audiovisuel en France. Durant plus de quatre décennies, Pierrette Brès, 82 ans depuis le mois dernier, a contribué à la médiatisation du sport hippique en devenant la première femme à se faire une place dans un milieu jusqu’alors très masculin.

« J’ai commencé ma carrière professionnelle comme shampouineuse dans un grand salon de coiffure parisien avant d’être intriguée par un client qui venait se faire coiffer avec Paris-Turf dans les mains, se souvient-elle. J’étais passionnée par les chevaux depuis ma plus tendre enfance après avoir grandi en Camargue alors je lui ai confié que mon rêve serait de monter à cheval » Propriétaire de chevaux de course, celui-ci lui permet alors de l’exaucer en lui proposant de monter en course. « À cette époque, j’avais 26 ans, et nous étions une petite vingtaine à assouvir notre passion en cavalières. La grande majorité était des femmes ou des filles d’entraîneurs », précise celle qui va se tourner définitivement vers le monde hippique.

Le fou rire de Pierrette Brès avec Claude Sérillon

Après avoir intégré la rédaction du journal Week-end – « J’avais en face de moi trois dinosaures du paysage hippique : Ben, Maurice Bernardet et Léon Zitrone » -, Raymond Marcillac, le patron des sports à l’ORTF, lui soumet l’idée, en 1964, de devenir la première femme à proposer une émission hippique à la télévision. « Avec mes 48 kg, je montais régulièrement à l’entraînement aux côtés d’ Yves Saint-Martin et Alain Lequeux. J’avais des renseignements sur les prochains partants des tiercés, ce qui me permettait d’avoir une longueur d’avance sur Léon (Zitrone), qui a cherché à m’évincer de l’antenne à maintes reprises », poursuit-elle.

Quant à sa première interview avec Yves Saint-Martin, Pierre Brès s’en rappelle comme si c’était hier : « J’étais morte de tract. Me retrouver en face du « Petit Prodige » était le premier aboutissement de ma carrière. D’une gentillesse extrême, il m’a reçu dans son petit studio au-dessus des écuries de François Mathet, installé à Gouvieux (Oise), l’entraîneur tête de liste de l’époque, et a accepté à une seule condition : que je lui apprenne à danser le Madison. »

« J’ai contribué à l’instauration des toilettes pour femmes en salle de presse à Auteuil »

Tout en continuant de livrer régulièrement ses pronostics à l’antenne, elle s’efforce de vulgariser sa passion en proposant de nombreux sujets sur le cheval : « Comment soigner une seime ou quelle est la meilleure alimentation pour l’équidé ont fait partie des nombreux focus proposés. J’ai également livré des sujets d’actualité en me rendant, par exemple, en Irlande pour raconter l’enlèvement du champion Shergar, appartenant à Son Altesse Aga Khan. » Plus anecdotique, l’intéressée n’oublie pas non plus de revenir sur un épisode cocasse : « J’ai contribué à l’instauration des toilettes pour femmes en salle de presse à Auteuil. »

De la féminisation du galop au succès au trot d’Helen Johansson dans le Prix d’Amérique 1985 au sulky d’ Ina Scot, sans oublier les nombreux exploits des femmes jockeys sur les mythiques obstacles de la Butte Mortemart à Auteuil, Pierrette Brès pose son regard de connaisseuse sur cette évolution.

« En matière de résultats, elles ne dépareillent pas avec les hommes »

« J’ai assisté à la fin des années 1970 à l’éclosion de Myriam Bollack, de Criquette (Christiane Head), tout comme celle de Corine Barande-Barbe. En obstacle, j’ai été émerveillée par le talent de Béatrice Marie et celui d’Anne Sophie Madeleine. Même si la féminisation au trot demeure plus rare, Nathalie Henry et Camille Levesque ont réussi à lutter à armes égales avec leurs homologues masculins. Je suis ravie de voir que la plupart des chevaux de galop dans le rond de présentation sont menés en main par des filles. Les femmes ont pris le pouvoir. Il suffit de regarder la liste des partants, jour après jour au galop. Les femmes jockeys sont de plus en plus nombreuses et en matière de résultats, elles ne dépareillent pas avec les hommes. Ma seule réserve concerne la décharge au poids accordée aux femmes car j’ai comme principe qu’il faut savoir se battre à armes égales pour être reconnu. »

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