Bayrou promet son aide à la nouvelle ministre de la Justice Belloubet
« Je vous aiderai de là où je serai ». Toute la peine de François Bayrou contenue dans une phrase. En transmettant les sceaux du ministère de la Justice à Nicole Belloubet, François Bayrou n’a pas caché son émotion de devoir quitter la place Vendôme au bout de 35 jours, poussé vers la sortie par la crise de confiance ouverte par l’affaire des assistants parlementaires du MoDem.
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Mais, bien qu’ému, Bayrou a parlé posément, longuement. Dans un discours de près de 20 minutes, il a énuméré tous les chantiers ouverts en un mois et confié la mission à son successeur d’ouvrir tous ceux qu’il aurait voulu accomplir. « Vous avez beaucoup de chance, quelques charges et beaucoup de chance », lui a-t-il dit. Oubliant que Nicole Belloubet, 62 ans, est une experte en droit public, ancien membre du Conseil constitutionnel, qui fut aussi rectrice de deux académies, il l’a mise en garde contre les résistances juridiques et administratives qu’elle allait devoir affronter.
A propos du projet de loi sur la moralisation de la vie politique, « c’est une réforme en profondeur sur laquelle vous allez rencontrer un certain nombre de résistances, explicites ou plus souvent encore implicites. Elles tiennent à la situation des parlementaires (…) ou à des lobbys (qui) chercheront à annihiler les réformes que le projet de loi propose. Vous aurez un combat très important à conduire et d’où je serai je vous y aiderai de toutes mes forces », lui a-t-il affirmé, ajoutant que le projet comptait « un certain nombre de ces réformes qui sont proposées depuis trente ans » et que personne n’a jamais eu le courage d’intégrer à un texte de loi.
VIDEO. «D’où je serai, je vous aiderai», dit Bayrou à la nouvelle ministre de la Justice
« Ce n’est pas seulement sur la confiance que la réforme constitutionnelle devra exercer sa volonté de changement, c’est aussi pour tout ce qui touche au parquet et à l’indépendance du parquet. C’est là que le président du MoDem a évoqué « affaire ». « J’ai souvent affirmé dans la période que nous venons de traverser que le ministre n’est pas le chef des parquets, les parquets n’obéissent pas au ministre, il serait profondément malsain qu’il en fut autrement », a-t-il rappelé.
François Bayrou aurait-il parlé plus longtemps s’il avait été ministre plusieurs mois ? Pas sûr. Dans son monologue, il a aussi évoqué la problématique immobilière des prisons et le statut des personnels, la transition numérique alors que « la Cour de cassation en charge du numérique n’est pas fibrée », l’indépendance de la justice, les relations avec les comptables de Bercy, le cabinet ministériel réduit « à raison » à dix collaborateurs, et même dit sa « fierté » d’avoir fait installer la climatisation dans le bureau des chauffeurs. « Ça n’a pas fait pendant des années et on y est arrivé en quelques heures », s’est-il réjoui.
VIDEO. «Vous avez beaucoup de chance» dit François Bayrou à Nicole Belloubet lors de la passation de pouvoir
Se disant « très émue », Nicole Belloubet a voulu lui rendre hommage : « je mesure la singularité de ce moment pour vous, vous avez fait des choix dont je sais qu’il sont difficiles et tous mes vœux vous accompagnent pour ces semaines et ces mois à venir », lui a-t-elle dit. Et de conclure, après cinq petites minutes de discours qu’elle souhaitait obtenir « la réussite que vous méritiez ».