Melun : ils ont rendu hommage à Jacky Morvan, défenseur de la qualité des soins hospitaliers pour tous
Il a défendu toute sa vie la qualité du service public de santé à l’ancien hôpital Marc-Jacquet à Melun où il fut délégué syndical CGT jusqu’à sa retraite en 2007. Ironie du sort : Jacky Morvan s’est éteint le 21 mars de la Covid-19 contractée au cours d’une hospitalisation dans les murs du groupe hospitalier sud Ile-de-France (Ghsif). Il avait 73 ans. Un vibrant hommage lui a été rendu ce mardi dès 16 heures via un cortège entre le Ghsif et la préfecture.
« La jauge pour son enterrement étant limitée à 25 personnes, ses enfants et petits-enfants veulent transformer l’hommage que Jacky méritait en une lutte constructive pour porter les revendications des personnels avec le syndicat CGT de l’hôpital de Melun », explique son épouse, Agnès Claude, infirmière retraitée.
Ce mardi, sur le parvis du Ghsif, ses petites-filles entonnent la chanson « On veut continuer à soigner encore » créée par des soignants de Rennes et Nice. Puis résonnent L’Internationale et une chanson de Jean Ferrat.
Alors que l’effigie du défunt , écharpe rouge autour du cou, orne une banderole qui met en avant « L’humain d’abord », Agnès Claude revient sur sa disparition.
« La mort de Jacky sera un acte revendicatif »
«Sa mort n’est pas une fatalité, mais la conséquence d’une politique de santé qui fait faire de plus en plus d’économies sur le dos des patients. La mort de Jacky ne sera pas un échec, mais un acte revendicatif pour la défense d’un service public de santé de qualité pour tous. Que le combat continue ! On ne lâche rien ! »
Elle précise que son mari malade est passé dans le service de réanimation en décembre, puis en gastro-entérologie, puis en hôpital de jour pour le suivi oncologique et enfin dans le service des maladies infectieuses où il a partagé sa chambre avec un autre patient.
«Il est entré négatif au Ghsif. Quand il est ressorti , il était positif. L’hôpital nous a prévenus par téléphone. », assure-t-elle en aparté. « Il a été contaminé là-bas ! Si on n’avait pas fermé 100 000 lits en trois septennats, on aurait pu le mettre en chambre, seul. On savait qu’il avait un risque de comorbidité maximal ».

Directeur de l’hôpital depuis 2013, Dominique Peljak dit avoir connu Jacky Morvan quand il était adjoint à Marc-Jacquet. «J’ai un immense respect pour ce qu’il était et j’ai une pensée pour sa famille ». Pour le reste, aucun commentaire.
C’est Fabienne Bézio qui a succédé à Jacky Morvan comme secrétaire générale CGT des personnels de l’hôpital, puis du Ghsif. «C’est quelqu’un qui m’a tout appris, toujours vaillant et dans le combat pour les conditions de travail des agents», commente-t-elle.

Figure de l’ancien hôpital Marc-Jacquet, il a également marqué les élus. «Jacky Morvan était un personnage assez truculent, il faisait son travail de syndicaliste avec un certain panache, mais ce n’était pas quelqu’un d’antipathique », se souvient Gérard Millet (LR), maire de Melun de 2002 à 2016.
Selon lui, « c’était aussi une autre époque où le conseil d’administration avait plus de pouvoirs que l’actuel conseil de surveillance. La création des agences régionales de santé a recentralisé la partie publique de la santé. Dans l’ancien système, le conseil d’administration avait une grande autonomie. Ses membres pesaient dans le débat et notamment Jacky Morvan qui représentait le premier syndicat du personnel de l’hôpital.»
On ne compte plus ses coups d’éclat auprès des instances représentatives, invitant tout le personnel soignant dans le conseil d’administration de l’hôpital pour alerter que « le personnel à bout », surgissant dans un conseil municipal à Vaux-le-Pénil ou Melun, au conseil du syndicat de l’agglomération nouvelle (SAN) de Sénart, à la Préfecture ou à la cité administrative à Melun, etc.
«Il savait se faire écouter »
Son objectif, toujours le même : réclamer des moyens humains et financiers pour l’hôpital. « Nous ne sommes pas des routiers, c’est notre seul moyen de nous faire entendre! », avait-il lancé au préfet de l’époque, Cyrille Schott, quand il avait surgi avec ses troupes le 3 avril 2001 dans une réunion où se trouvait « tout le gratin », comprenez le préfet, le directeur de la DDASS et de la CPAM de Seine-et-Marne réunis à propos de la couverture maladie universelle.
«Jacky Morvan est quelqu’un qu’on respectait beaucoup. Il était exigeant par rapport au service public de l’hôpital. Il venait dans les conseils municipaux et communautaires, on lui donnait la parole. Il savait se faire écouter », commente Pierre Carassus (MDC), ancien maire de Vaux-le-Pénil de 1989 à 2012 et député de 1995 à 2002.
A propos du Santépôle ouvert en juin 2018, il craignait encore en 2007 «que le privé ne bouffe le public ». «Il était hostile à la privatisation de certains services comme la radio par exemple », rappelle Agnès Claude.

Retraité passionné par son jardin, cet ancien membre du PCF, qui recevait chaque matin le journal L’Humanité dans sa boite à lettres, gardait en lui le combat pour le service public de santé Il était père de cinq enfants et grand-père de huit petits-enfants.